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St John Paul II's 1st Apostolic Visit to France

30th May - 2nd June 1980

Pape St Jean Paul II was a pilgrim to France for the first time in 1980 on his sixth apostolic journey.

Pope St John Paul II's itinerary included the following:
Friday 30th May - Arrival in Paris, Mass in the Cathedral of Notre Dame, Radio Message, meeting with priests & greeting to the Mayor of Paris
31st May - meeting with representatives of other Christian Confessions, talk with the faithful and with the Religious sistern gathered in the Chapel of the Miraculous Medal, Rue du Bac, meeting with the Polish Community of Paris and with members of the Muslim Community, celebration of Mass for workers in the Basilica of Saint Denis, meeting with members of the Movement of the Apostolate of the Laity and with representatives of the Young Christian Workers (JOC) and Catholic Action
1st June - visit to the Institut Catholique, celebration of Mass in Le Bourget, recital of Angelus in Paris, meeting with members of the Jewish Community in Paris, with French Bishops, with seminarians, Message to the French youth, meeting with young people at a vigil of prayer in Parc des Princes, speech to the faithful gathered in the Basilica of the Sacred Heart of Montmartre
2nd June - speech to the members of the International Catholic Organizations, o the United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization (UNESCO), final words in the Chapel of the Military School and at the departure from Paris, celebration of Mass in Lisieux , to the Sisters of Lisieux Carmel, to the Presidency of the Major Superiors and to the Permanent Committee of Religious of the Carmel of Lisieux, and finally at his departure from France.

Arrivée du Pape St Jean Paul II à Paris
vendredi, 30 mai 1980 - in French, German, Italian, Portuguese & Spanish

Monsieur le Président,
Je suis particulièrement touché des paroles que vous venez de m’adresser, dès mon arrivée sur le sol de France. Je vous en remercie vivement. Vous l’avez fait en votre nom personnel, vous l’avez fait au nom du Peuple français auquel, en votre personne, je voudrais adresser mon premier message.

1. Loué soit Jésus-Christ! Oui, c’est bien ainsi, par ces mots emplis de ferveur et d’action de grâce, que j’ai voulu, dès le soir de mon élection comme Évêque de Rome et Pasteur universel, inaugurer mon ministère de prédication de l’Évangile. Ce salut, je l’ai porté en premier à mes diocésains des bords du Tibre, qui venaient de m’être confiés pour les guider selon les desseins de la divine Providence. Je l’ai porté ensuite à d’autres peuples, à d’autres Églises locales, avec tout le contenu d’estime, de sollicitude pastorale, d’espérance aussi dont il est chargé.

Ce même salut, je viens le porter maintenant à la France, avec tout mon cœur, avec toute mon affection, en lui disant: je suis profondément heureux de te visiter en ces jours, et de te montrer mon désir de te servir en chacun de tes Enfants. Le message que je veux te livrer est un message de paix, de confiance, d’amour et de foi. De foi en Dieu, bien sûr, mais également, si je puis m’exprimer ainsi, de foi en l’homme, de foi dans les merveilleuses possibilités qui lui ont été données, afin qu’il en use avec sagesse et dans le souci du bien commun, pour la gloire du Créateur.

A tous les Fils et à toutes les Filles de cette grande Nation, à tous le Pape offre ses vœux les plus cordiaux, au nom du Seigneur. La France symbolise pour le monde un pays à l’histoire très ancienne, très dense aussi. Un pays au patrimoine artistique et culturel incomparable, dont le rayonnement n’est plus à décrire. Combien de peuples ont bénéficié du génie français, qui a marqué leurs propres racines, et constitue encore pour eux un motif de fierté en même temps, on peut l’affirmer, qu’une sorte de référence!

Le rôle de la France se poursuit dans la communauté internationale, au niveau qui est le sien, mais avec un esprit d’ouverture et un souci d’apporter une contribution à la fois aux principaux problèmes internationaux, et aux situations de contrées moins favorisées. Au cours de mes précédents voyages, j’ai pu constater la place qu’elle tient sous d’autres cieux. Mais plus qu’à l’ampleur des moyens mis en œuvre, forcément limités, c’est à son Peuple qu’elle doit sa place, à des hommes et à des femmes héritiers de sa civilisation.

2. Ce sont ces hommes et ces femmes, l’âme de la France, que je rencontrerai en ces jours.

Comment ne pas être touché de l’accueil que vous me réservez ici, dans votre capitale? Beaucoup d’entre vous m’ont écrit avant cette visite, et vous êtes très nombreux ce soir à me souhaiter la bienvenue. Je ne puis malheureusement remercier chacun en particulier, ni serrer toutes les mains que vous aimerez me tendre. Mais devant vous, aux représentants de la souveraineté nationale, je voudrais témoigner ma vive gratitude.

Monsieur le Président, vous que vos compatriotes ont désigné pour assumer la plus haute responsabilité de l’État, daignez par conséquent accepter l’hommage reconnaissant que j’adresse au Peuple français tout entier. J’ajouterai des sentiments de satisfaction pour la disponibilité extrême dont on fait preuve personnellement Votre Excellence, et aussi Monsieur le Premier Ministre et le Gouvernement, dès que leur fut connu mon projet.

De ce voyage, vous avez d’emblée compris la nature propre: un voyage pastoral avant tout, pour visiter et encourager les catholiques de France; un voyage qui veut également traduire mon estime et mon amitié pour l’ensemble de la population, et je pense ici en particulier aux membres des autres confessions chrétiennes, de la communauté judaïque et de la religion islamique. Mon désir était que ce voyage pût s’accomplir dans la simplicité et la dignité, en ménageant aussi, chaque fois que possible, des contacts et des rencontres. Vous avez prêté tout votre concours à la réalisation du programme, et j’y suis d’autant plus sensible qu’il fallait une préparation minutieuse. Je pense enfin aux personnes auxquelles ces événements occasionnent un surcroît de travail. Tout cela fait partie de l’hospitalité, unè vertu dont la France peut s’honorer à juste titre. Vraiment, j’exprime à tous un cordial merci.

3. Je vous salue très spécialement, chers catholiques de France, mes Frères et mes Sœurs dans le Christ, mes amis. Vous m’avez invité à constater, quinze cents ans ou presque après le baptême de votre Nation, que la foi y est toujours vivante, jeune, dynamique, que la générosité ne manque pas chez vous. Elle se traduit même par un bouillonnement d’initiatives, de recherches, de réflexions. Il vous faut en effet affronter des problèmes souvent nouveaux, ou tout au moins des problématiques nouvelles. Le contexte dans lequel vous vivez évolue rapidement, en fonction de mutations culturelles et sociales qui ne sont pas sans influer progressivement sur les mœurs, sur les mentalités.

C’est une multitude d’interrogations qui se posent à vous. Que faire? Comment répondre aux besoins fondamentaux de l’homme contemporain, qui révèlent finalement un immense besoin de Dieu?

En union avec vos évêques, et en particulier avec le cher Cardinal archevêque de Paris et le Président de la Conférence épiscopale française, je suis venu vous encourager dans la voie de l’Évangile, une voie étroite certes, mais la voie royale, sûre, éprouvée par des générations de chrétiens, enseignée par les saints et les bienheureux dont s’honore votre patrie, la voie sur laquelle, tout comme vous, vos frères dans l’Église universelle s’efforcent de cheminer.

Cette voie ne passe pas par la résignation, les renoncements ou les abandons. Elle ne se résout pas à l’affadissement du sens moral, et elle souhaiterait que la loi civile elle-même aide à élever l’homme. Elle ne cherche pas à s’enterrer, à demeurer inaperçue, mais elle requiert au contraire l’audace joyeuse des Apôtres. Elle bannit donc la pusillanimité, tout en se montrant parfaitement respectueuse à l’égard de ceux qui ne partagent pas le même idéal. Si l’Église revendique en effet pour elles-mêmes la liberté religieuse, et si elle a de multiples raisons de se féliciter d’en jouir en France, il est normal qu’elle respecte aussi les convictions des autres. Elle demande, pour sa part, qu’on lui permette de vivre, de témoigner publiquement et de s’adresser aux consciences.

“Reconnais, ô chrétien, ta dignité”, disait le grand Pape saint Léon. Et moi, son indigne successeur, je vous dis à vous, mes Frères et Sœurs catholiques de France: Reconnaissez votre dignité! Soyez fiers de votre foi, du don de l’Esprit que le Père vous a fait! Je viens parmi vous comme un pauvre, avec la seule richesse de la foi, pèlerin de l’Évangile. Donnez à l’Église et au monde l’exemple de votre fidélité sans faille et de votre zèle missionnaire. Ma visite chez vous veut être, en même temps qu’un témoignage de solidarité à l’égard de vos pasteurs, un appel à un élan nouveau devant les tâches nombreuses qui s’offrent à vous.

Je sens que, dans le fond de vos cœurs, vous entendrez cette exhortation. Je l’adresse, dès mon arrivée sur le sol de la France, à tous ceux qui m’écoutent, et j’aurai ensuite l’occasion de la reprendre ces jours-ci en m’entretenant avec les évêques, les prêtres, les religieux et les religieuses, les laïcs engagés dans l’apostolat, en rencontrant le monde du travail et celui des jeunes, les hommes de pensée et de science. Un moment tout à fait spécial sera réservé à l’UNESCO, qui a son siège dans votre capitale: il m’a semblé très important, en effet, de répondre à sa courtoise invitation, pour saluer un aréopage exceptionnel de témoins de la culture de notre temps, et apporter le propre témoignage de l’Église.

Il faut achever à présent ce premier contact. Je vais me rendre à la basilique Notre-Dame, la Mère des églises de ce diocèse, et l’un des plus vénérables édifices religieux de cette Nation. Je veux y confier au Seigneur et à la Vierge très sainte les souhaits que je forme a l’intention du Peuple Français tout entier. Que Dieu bénisse la France!

Homélie de St JPII à la Messe dans la Cathédral Notre-Dame de Paris
Paris, vendredi, 30 mai 1980 - in French, Italian, Portuguese & Spanish

1. Aimes-tu?

Question fondamentale, question courante. C’est la question qui ouvre le cœur ― et qui donne son sens à la vie. C’est la question qui décide de la vraie dimension de l’homme. En elle, c’est l’homme tout entier qui doit s’exprimer, et qui doit aussi, en elle, se dépasser lui-même.

M’aimes-tu?

Cette question a été posée, il y a un instant, dans ce lieu. C’est un lieu historique, un lieu sacré. Ici, nous rencontrons le génie de la France, le génie qui s’est exprimé dans l’architecture de ce temple il y a huit siècles et qui est toujours là pour témoigner de l’homme. L’homme, en effet, à travers toutes les formules par lesquelles il cherche à se définir, ne peut pas oublier qu’il est, lui aussi, un temple: il est le temple où habite l’Esprit Saint. Pour cette raison, l’homme a élevé ce temple qui lui rend témoignage depuis huit siècles: Notre-Dame.

Ici, en ce lieu, au cours de notre première rencontre, cette question devait être posée: « M’aimes-tu? ». Mais elle doit être posée partout et toujours. Cette question est posée à l’homme par Dieu. Cette question, l’homme doit continuellement se la poser à lui-même.

2. Cette question a été posée par le Christ à Pierre. Le Christ l’a posée trois fois, et par trois fois Pierre lui a répondu. « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu? ― Oui, Seigneur, tu sais bien que je t’aime » [Jn 21, 15-17].

Et Pierre s’engageait déjà, avec cette question et avec cette réponse, sur le chemin qui devait être le sien jusqu’à la fin de sa vie. Partout devait le suivre l’admirable dialogue où il avait aussi entendu trois fois: « Sois le pasteur de mes agneaux », « Sois le pasteur de mes brebis... Sois le pasteur de cette bergerie dont je suis, moi, la Porte et le Bon Pasteur » [cf Jn 10, 7].

Pour toujours, jusqu’a la fin de sa vie, Pierre devait avancer sur le chemin, accompagné de cette triple question: « M’aimes-tu? ». Et il mesurait toutes ses activités à la réponse qu’il avait alors donnée. Quand il fut convoqué devant le Sanhédrin. Quand il fut mis en prison à Jérusalem, prison dont il ne devait pas sortir... et dont pourtant il sortit. Et quand il s’en fuit de Jérusalem vers le nord, à Antioche, puis, plus loin encore, d’Antioche à Rome. Et lorsqu’à Rome il eut persévéré jusqu’à la fin de ses jours, il connut la force des paroles selon lesquelles un Autre le conduisait là où il ne voulait pas... [cf Jn 21, 18].

Et il savait aussi que, grâce à la force de ces paroles, l’Eglise était assidue « à l’enseignement des apôtres et à l’union fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » ... et que « le Seigneur ajoutait chaque jour à la communauté ceux qui seraient sauvés » [Ac 2, 42. 48].

Il en fut ainsi à Jérusalem. Puis à Antioche. Puis à Rome. Et ensuite encore ici, à l’ouest et au nord des Alpes: à Marseille, Lyon, Paris.

3. Pierre ne peut jamais se détacher de cette question: « M’aimes-tu? ».

Il la porte avec lui où qu’il aille. Il la porte à travers les siècles, à travers les générations. Au milieu de nouveaux peuples et de nouvelles nations. Au milieu de langues et de races toujours nouvelles. Il la porte lui seul, et pourtant il n’est plus seul. D’autres la portent avec lui: Paul, Jean, Jacques, André, Irénée de Lyon, Benoît de Nursie, Martin de Tours, Bernard de Clairvaux, le Petit Pauvre d’Assise, Jeanne d’Arc, François de Sales, Jeanne-Françoise de Chantal, Vincent de Paul, Jean-Marie Vianney, Thérèse de Lisieux.

Sur cette terre qu’il m’est donné de visiter aujourd’hui, ici, dans cette cité, il y a eu, et il y a bien des hommes et des femmes qui ont su et qui savent encore aujourd’hui que toute leur vie a valeur et sens seulement et exclusivement dans la mesure où elle est une réponse à cette même question: Aimes-tu? M’aimes-tu? Ils ont donné, et ils donnent leur réponse de manière totale et parfaite ― une réponse héroïque ― ou alors de manière commune, ordinaire. Mais en tout cas ils savent que leur vie, que la vie humaine en général, a valeur et sens dans la mesure où elle est la réponse à cette question: Aimes-tu? C’est seulement grâce à cette question que la vie vaut la peine d’être vécue.

Je viens ici sur leurs traces. Je visite leur patrie terrestre. Je recommande à leur intercession la France et Paris, l’Eglise et le monde. La réponse qu’ils ont donnée à cette question: « Aimes-tu? » a une signification universelle, une valeur qui ne passe pas. Elle construit dans l’histoire de l’humanité le monde du bien. L’amour seul construit un tel monde. Il le construit avec peine. Il doit lutter pour lui donner forme: il doit lutter contre les forces du mal, du péché, de la haine, contre la convoitise de la chair, contre la convoitise des yeux et contre l’orgueil de la vie [cf 1 Jn 2, 16].

Cette lutte est incessante. Elle est aussi vieille que l’histoire de l’homme. De notre temps, cette lutte pour donner forme à notre monde semble être plus grande que jamais. Et plus d’une fois nous nous demandons en tremblant si la haine ne l’emportera pas sur l’amour, la guerre sur la paix, la destruction sur la construction.

Qu’elle est extraordinaire l’éloquence de cette question du Christ: « Aimes-tu? »! Elle est fondamentale pour chacun et pour tous. Elle est fondamentale pour l’individu et pour la société, pour la nation et pour l’Etat. Elle est fondamentale pour Paris et pour la France: « Aimes-tu? ».

4. Le Christ est la pierre angulaire de cette construction. Il est la pierre angulaire de cette forme que le monde, notre monde humain, peut prendre grâce à l’amour.

Pierre le savait, lui auquel le Christ a demandé trois fois: « M’aimes-tu? ». Pierre le savait, lui qui, a l’heure de l’épreuve, a renié son Maître par trois fois. Et sa voix tremblait lorsqu’il répondit: « Seigneur, tu sais bien que je t’aime » [Jn 21, 15]. Cependant, il n’a pas répondu: « Et pourtant, Seigneur, je t’ai déçu » - mais: « Seigneur, tu sais bien que je t’aime ». En disant cela, il savait déjà que le Christ est la pierre angulaire, sur laquelle, en dépit de toute faiblesse humaine, peut croître en lui, Pierre, cette construction qui aura la forme de l’amour. A travers toutes les situations et toutes les épreuves. Jusqu’à la fin. C’est pour cela qu’il écrira un jour, dans sa lettre que nous venons de lire, le texte sur Jésus-Christ, la pierre angulaire sur laquelle « vous aussi vous êtes appelés à devenir comme des pierres vivantes pour la construction d’un édifice spirituel, pour un sacerdoce saint, pour offrir des sacrifices spirituels agréables à Dieu par Jésus Christ... » [1 P 2, 5].

Tout cela ne signifie rien d’autre que répondre toujours et constamment avec ténacité et de manière conséquente, à cette unique question: Aimes-tu? M’aimes-tu? M’aimes-tu davantage?

C’est en effet cette réponse, c’est-à-dire cet amour, qui fait que nous sommes « la race élue, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple que Dieu s’est acquis... » [1 P 2, 9].

C’est elle qui fait que nous proclamons les œuvres merveilleuses de celui qui nous « a appelés des ténèbres à son admirable lumière » [1 P 2, 9].

Tout cela, Pierre l’a su dans l’absolue certitude de sa foi. Et tout cela, il le sait, et il continue à le confesser aussi dans ses successeurs. Il sait, oui, et il confesse que cette pierre angulaire, qui donne à toute la construction de l’histoire humaine la forme de l’amour, de la justice et de la paix, fut, est et sera, véritablement, la pierre rejetée par les hommes..., par les hommes, par beaucoup de ceux qui sont les constructeurs du destin du monde; et cependant, malgré cela, c’est vraiment lui, Jésus-Christ, qui a été, qui est et qui sera la pierre angulaire de l’histoire humaine. Et c’est de lui que, en dépit de tous les conflits, les objections et les négations, en dépit de l’obscurité et des nuages qui ne cessent de s’accumuler à l’horizon de l’histoire ― et vous savez combien ils sont menaçants aujourd’hui, à notre époque! ― c’est de lui que la construction qui ne passe pas surgira, c’est sur lui qu’elle s’élèvera, et c’est à partir de lui qu’elle se développera. Seul l’amour a la force de faire cela. Seul l’amour ne connaît pas de déclin.

Seul l’amour dure toujours [1 Co 13, 8]. Seul, il construit la forme de l’éternité dans les dimensions terrestres et fugaces de l’histoire de l’homme sur la terre.

5. Nous sommes ici dans un lieu sacré: Notre-Dame. Cette splendide construction, trésor de l’art gothique, vos aïeux l’ont consacrée à la Mère de Dieu. Ils l’ont consacrée à Celle qui, parmi tous les êtres humains, a donné la réponse la plus parfaite à cette question: Aimes-tu? M’aimes-tu? M’aimes-tu davantage?

Sa vie tout entière fut en effet une réponse parfaite, sans aucune erreur, à cette question.

Il convenait donc que je commence dans un lieu consacré à Marie ma rencontre avec Paris et avec la France, rencontre à laquelle j’ai été si courtoisement invité par les Autorités de l’Etat et de la ville, par l’Eglise et par ses pasteurs. Ma visite de lundi au siège de l’UNESCO à Paris acquiert par là son cadre complet et la dimension qui convient à ma mission de témoignage et de service apostolique.

Cette invitation est pour moi d’un grand prix. Je l’apprécie hautement. Je désire aussi, selon mes possibilités et selon la grâce d’état qui m’a été donnée, répondre à cette invitation et lui faire atteindre son but.

C’est pourquoi je me réjouis de ce que notre première rencontre ait lieu en présence de la Mère de Dieu, devant Celle qui est notre espérance. Je désire lui confier le service qu’il m’appartient d’accomplir parmi vous. C’est à elle aussi que je demande, en même temps que vous tous, chers frères et sœurs, que ce service soit utile et fructueux pour l’Eglise en France, pour l’homme et pour le monde contemporain.

6. Ils sont nombreux, les lieux de votre pays où bien souvent, peut-être chaque jour, ma pensée et mon cœur s’en vont en pèlerinage: le sanctuaire de la Vierge Immaculée à Lourdes, Lisieux, et Ars, où cette fois je ne pourrai me rendre, et Annecy, où j’ai été invité depuis longtemps sans pouvoir jusqu’ici réaliser mon désir.

Voici que se présente devant mes yeux la France, Mère des saints au long de tant de générations et de siècles. Oh combien je désire qu’ils reviennent tous dans notre siècle, et dans notre génération, à la mesure de ses besoins et de ses responsabilités!

Dans cette première rencontre, je souhaite à tous et à chacun d’entendre dans toute son éloquence la question que le Christ a adressée autrefois à Pierre: Aimes-tu? M’aimes-tu? Que cette question résonne et trouve un écho profond en chacun de nous!

L’avenir de l’homme et du monde en dépend: écouterons-nous cette question? Comprendrons-nous son importance? Comment y répondrons-nous?"

Message radiophonique de St Jean Paul II aux français
Cathédrale de Notre-Dame, vendredi 30 mai 1980 - in French, Italian, Portuguese & Spanish

Ce soir, après avoir célébré la Messe au cœur de la capitale française devant Notre-Dame de Paris, je pense à tous ceux qui auraient aimé participer à ce rassemblement autour du Pape ou aux célébrations qui suivront, mais qui sont retenus chez eux: aux malades, à tous ceux qui sont sur leur lit d’hôpital, auxquels je souhaite réconfort et paix; aux handicapés et à leurs familles; aux prisonniers, que je visite en esprit et auxquels je souhaite la foi en la miséricorde de Dieu, l’espérance et le soutien fidèle de leurs familles; aux travailleurs auxquels l’horaire de leur emploi ou leur tour de service public ne permettent pas facilement de s’associer à de telles manifestations; à tous ceux enfin qui, pour d’autres raisons, ne pourront satisfaire leur désir de voir ou d’entendre le Pape. A tous, chers amis, je vous dis mon estime, je vous assure de ma prière et de mes vœux cordiaux pour vos familles. Bonsoir à tous!

Discours de St Jean Paul II aux Prêtres de L'Île de France
Cathédrale de Notre-Dame, Paris, vendredi 30 mai 1980 - in French, Italian, Portuguese & Spanish

"Chers Frères prêtres,
1. C’est une très grande joie pour moi de m’adresser à vous dès ce soir - et en premier lieu - à vous prêtres et diacres de Paris et de région parisienne, et par vous à l’ensemble des prêtres et des diacres de France. Pour vous, je suis évêque: avec vous, je suis prêtre. Vous êtes mes frères, en vertu du sacrement de l’Ordre. La lettre que je vous ai adressée l’an dernier pour le Jeudi Saint vous disait déjà mon estime, mon affection, ma confiance toutes particulières. Après demain, je rencontrerai longuement vos évêques, qui sont à un titre spécial mes frères; c’est en union avec eux que je vous parle. Mais à mes yeux, aux yeux du Concile, vous êtes inséparables des évêques, et je penserai à vous en m’entretenant avec eux. Une profonde communion unit les prêtres et les évêques, fondée sur le sacrement et le ministère.

Chers amis, puissiez-vous comprendre l’amour que je vous porte dans le Christ Jésus! Si le Christ me demande, comme à l’Apôtre Pierre, d’“affermir mes frères”, c’est bien vous d’abord qui devez en bénéficier.

2. Pour marcher avec joie et espérance dans notre vie sacerdotale, il nous faut remonter aux sources. Ce n’est pas le monde qui fixe notre rôle, notre statut, notre identité. C’est le Christ Jésus; c’est l’Église. C’est le Christ Jésus qui nous a choisis, comme ses amis, pour que nous portions du fruit; qui a fait de nous ses ministres: nous participons à la charge de l’unique Médiateur qu’est le Christ. C’est l’Église, le Corps du Christ, qui, depuis deux mille ans, manifeste la place indispensable que tiennent en son sein les évêques, les prêtres, les diacres.

Et vous, prêtres de France, vous avez la chance d’être les héritiers d’une pléiade de prêtres qui demeurent des exemples pour l’Église entière, et qui sont pour moi-même une source constante de méditation. Pour ne parler que de la période la plus proche, je pense à saint François de Sales, à saint Vincent de Paul, à saint Jean Eudes, aux maîtres de l’École française, à saint Louis-Marie Grignion de Montfort, à saint Jean-Marie Vianney, aux missionnaires du dix-neuvième et du vingtième siècles dont j’ai admiré le travail en Afrique.

La spiritualité de tous ces pasteurs porte la marque de leur temps, mais le dynamisme intérieur est le même et la note de chacun enrichit le témoignage global du sacerdoce que nous avons à vivre. Comme j’aurais aimé me rendre en pèlerin à Ars, si cela avait été possible! Le Curé d’Ars demeure en effet pour tous les pays un modèle hors pair, à la fois de l’accomplissement du ministère, et de la sainteté du ministre, adonné à la prière et à la pénitence pour la conversion des âmes.

Beaucoup d’études et d’exhortations ont aussi jalonné le chemin de la vie des prêtres de votre pays: je pense par exemple à l’admirable lettre du Cardinal Suhard: “Le prêtre dans la cité”. Le Concile Vatican II a repris toute la doctrine du sacerdoce dans la Constitution “Lumen Gentium” [n 28] et dans le décret “Presbyterorum Ordinis”, qui ont eu le mérite d’envisager la consécration des prêtres dans la perspective de leur mission apostolique, au sein du peuple de Dieu, et comme une participation au sacerdoce et à la mission de l’évêque. Ces textes se prolongent par beaucoup d’autres, en particulier par ceux de Paul VI, du Synode, et ma propre lettre.

Voilà les témoignages, voilà les documents qui tracent pour nous la route du sacerdoce. Ce soir, dans ce haut lieu qui est comme un Cénacle, je vous livre seulement, chers amis, quelques recommandations essentielles.

3. Et d’abord, ayez foi en votre sacerdoce. Oh, je ne suis pas sans savoir tout ce qui pourrait décourager et peut-être ébranler certains prêtres aujourd’hui. Beaucoup d’analyses, de témoignages, insistent sur ces difficultés réelles que je garde très présentes à l’esprit - en particulier le petit nombre d’ordinations - même si je ne prends pas le temps de les énumérer ce soir.Et pourtant, je vous dis: soyez heureux et fiers d’être prêtres.

Tous les baptisés forment un peuple sacerdotal, c’est-à-dire qu’ils ont à offrir à Dieu le sacrifice spirituel de toute leur vie, animée d’une foi aimante, en l’unissant au Sacrifice unique du Christ. Heureux Concile qui nous l’a rappelé! Mais précisément pour cela, nous avons reçu un sacerdoce ministériel pour rendre les laïcs conscients de leur sacerdoce et leur permettre de l’exercer. Nous avons été configurés au Christ Prêtre pour être capables d’agir au nom du Christ Tête en personne [cf décret Presbyterorum Ordinis, n 2].

Nous avons été pris d’entre les hommes, et nous demeurons nous-mêmes de pauvres serviteurs, mais notre mission de prêtres du Nouveau Testament est sublime et indispensable: c’est celle du Christ, l’unique Médiateur et Sanctificateur, à tel point qu’elle appelle une consécration totale de notre vie et de notre être. Jamais l’Église ne pourra se résoudre à manquer de prêtres, de saints prêtres. Plus le peuple de Dieu atteint sa maturité, plus les familles chrétiennes et les laïcs chrétiens assument leur rôle dans leurs multiples engagements d’apostolat, plus ils ont besoin de prêtres qui soient pleinement prêtres, précisément pour la vitalité de leur vie chrétienne.

Et dans un autre sens, plus le monde est déchristianisé ou manque de maturité dans sa foi, plus il a aussi besoin de prêtres qui soient totalement voués à témoigner de la plénitude du mystère du Christ.

Voilà l’assurance qui doit soutenir notre propre zèle sacerdotal, voilà la perspective qui doit nous inciter à encourager de toutes nos forces, par la prière, le témoignage, l’appel et la formation, les vocations de prêtres et de diacres.

4. J’ajoute: apôtres du Christ Jésus par la volonté de Dieu , gardez le souci apostolique, missionnaire, qui est si vif chez la plupart des prêtres français. Beaucoup - cela est particulièrement frappant ces trente-cinq dernières années - ont été habités par la hantise d’annoncer l’Évangile au cœur du monde, au cœur de la vie de nos contemporains, dans tous les milieux, qu’ils soient intellectuels, ouvriers, ou même du “quart monde”, à ceux-là aussi qui sont souvent loin de l’Église, qu’un mur semblait même séparer de l’Église, et cela à travers des approches nouvelles de toute sorte, des initiatives ingénieuses et courageuses, allant même jusqu’au partage du travail et des conditions de vie des travailleurs dans la perspective de la mission, en tout cas presque toujours avec des moyens pauvres.

Beaucoup - des aumôniers par exemple - sont constamment sur la brèche pour faire face aux besoins spirituels d’un monde déchristianisé, sécularisé, souvent agité par de nouvelles mises en question culturelles. Ce souci pastoral, pensé et accompli en union avec vos évêques, est à votre honneur: qu’il se poursuivre et qu’il se purifie sans cesse.

Tel est le vœu du Pape. Comment être prêtre sans partager le zèle du bon Pasteur? Le bon Pasteur se soucie de ceux qui sont éloignés de la bergerie par manque de foi ou de pratique religieuse [cf PO, 6]; à plus forte raison, il se soucie de l’ensemble du troupeau des fidèles à rassembler et à nourrir, comme en témoigne le ministère pastoral quotidien de tant de curés et de vicaires.

5. Dans cette perspective pastorale et missionnaire, que votre ministère soit toujours celui de l’apôtre de Jésus-Christ, du prêtre de Jésus-Christ. Ne perdez jamais de vue ce à quoi vous êtes ordonnés: faire avancer les hommes dans la vie divine [cf PO, 2]. Le Concile Vatican II vous demande à la fois de ne pas rester étrangers à la vie des hommes et d’être “témoins et dispensateurs d’une vie autre que la vie terrestre” [cf PO, 3].

Ainsi, vous êtes ministres de la Parole de Dieu, pour évangéliser et former des évangélisateurs, pour éveiller, enseigner et nourrir la foi - la foi de l’Église - pour inviter les hommes à la conversion et à la sainteté [cf PO, 4]. Vous êtes associés à l’œuvre de sanctification du Christ, pour apprendre aux chrétiens à faire l’offrande de leur vie, à tout moment, et spécialement dans l’Eucharistie qui “est la source et le sommet de l’évangélisation” [cf PO, 5].

Et là, chers Frères prêtres, il nous faut toujours veiller, avec un soin extrême, à une célébration de l’Eucharistie qui soit vraiment digne de ce mystère sacré, comme je le rappelais récemment dans ma Lettre à ce sujet. Notre attitude dans cette célébration doit vraiment faire entrer les fidèles dans cette action sainte qui les met en relation avec le Christ, le Saint de Dieu. L’Église nous a confié ce mystère et c’est elle qui nous dit comment célébrer.

Vous apprenez aussi aux chrétiens à imprégner toute leur vie de l’esprit de prière, vous les préparez aux sacrements; je pense spécialement au sacrement de pénitence ou de réconciliation qui est d’une importance capitale pour le chemin de la conversion du peuple chrétien. Vous êtes éducateurs de la foi, formateurs des consciences, guides des âmes, pour permettre à chaque chrétien d’épanouir sa vocation personnelle selon l’Évangile, dans une charité sincère et active, de lire dans les événements ce que Dieu attend de lui, de prendre toute sa place dans la communauté des chrétiens dont vous êtes les rassembleurs et les pasteurs et qui doit être missionnaire [cf PO, 6], d’assumer aussi ses responsabilités temporelles dans la communauté des hommes d’une façon conforme à la foi chrétienne.

Les catéchumènes, les baptisés, les confirmés, les époux, les religieux et religieuses, individuellement ou en association, comptent sur votre aide spécifique pour devenir eux-mêmes ce qu’ils doivent être.

Bref, toutes vos forces à vous sont consacrées à la croissance spirituelle du Corps du Christ, quels que soient le ministère précis ou la présence missionnaire qui vous sont confiés. C’est votre part qui est source de joie très grande et aussi de sacrifices très grands. Vous êtes proches de tous les hommes et de tous leurs problèmes “en prêtres”. Vous y conservez votre identité sacerdotale qui vous permet d’assurer le service du Christ auquel vous avez été ordonnés. Votre personnalité sacerdotale doit être pour les autres un signe et une indication; en ce sens votre vie sacerdotale ne peut souffrir d’être laïcisée.

6. Bien situé par rapport aux laïcs, votre sacerdoce s'articule sur celui de votre évêque. Vous participez à votre rang au ministère épiscopal par le sacrement de l’Ordre et la mission canonique.

C’est ce qui fonde votre obéissance responsable et volontaire envers votre évêque, votre coopération avisée et confiante avec lui. Il est le père du “presbyterium”. Vous ne pouvez pas construire l’Église de Dieu en dehors de lui. C’est lui qui fait l’unité de la responsabilité pastorale, comme le Pape fait l’unité dans l’Église universelle.

Réciproquement, c’est avec vous, grâce à vous, que l’évêque exerce sa triple fonction que le Concile a longuement développée [cf LG, 25-28]. Il y a là une communion féconde, qui n’est pas seulement du domaine de la coordination pratique, mais qui fait partie du mystère de l’Église et qui prend un relief particulier dans le Conseil presbytéral.

7. Cette unité avec vos évêques, chers amis, est inséparable de celle que vous avez à vivre entre prêtres. Tous les disciples du Christ ont reçu le commandement de l’amour mutuel: pour vous, le Concile va jusqu’à parler de fraternité sacramentelle: vous participez au même sacerdoce du Christ [cf PO, 8].

L’unité doit être dans la vérité: vous établissez les bases sûres de l’unité en étant les témoins courageux de la vérité enseignée par l’Église pour que les chrétiens ne soient pas emportés à tout vent de doctrine, et en accomplissant tous les actes de votre ministère en conformité avec les normes que l’Église a précisées, sans quoi ce serait le scandale et la division. L’unité doit être dans le travail apostolique, où vous êtes appelés à accepter des tâches diverses et complémentaires dans l’estime réciproque et la collaboration. L’unité est non moins nécessaire au plan de l’amour fraternel: nul ne doit juger son frère en le soupçonnant “a priori” d’être infidèle, en ne sachant que le critiquer, voire en le calomniant, comme Jésus le reprochait aux pharisiens.

C’est à partir de notre charité sacerdotale que nous portons témoignage et édifions l’Église. D’autant plus que nous avons la charge, comme dit le Concile, de conduire tous les laïcs à l’unité dans l’amour et à faire que personne ne se sente étranger dans la communauté des chrétiens [cf PO, 9]. Dans un monde souvent divisé, où les options sont unilatérales et abruptes, les méthodes trop exclusives, les prêtres ont la belle vocation d’être les artisans du rapprochement et de l’unité.

8. Tout cela, chers Frères, se relie à l’expérience que nous avons de Jésus-Christ, autant dire à la sainteté. Notre sainteté est d’un apport essentiel pour rendre fructueux le ministère que nous accomplissons [cf PO, 12]. Nous sommes les instruments vivants du Christ Prêtre éternel.

A cet effet, nous sommes dotés d’une grâce particulière, pour tendre, au bénéfice du peuple de Dieu, à la perfection de celui que nous représentons. Ce sont avant tout les différents actes de notre ministère qui nous ordonnent par eux-mêmes à cette sainteté: transmettre ce que nous avons contemplé, imiter ce que nous accomplissons, nous offrir tout entiers à la messe, prêter notre voix à l’Église dans la prière des heures, nous unir à la charité pastorale du Christ... [cf PO, 12-14]

Notre célibat manifeste pour sa part que nous sommes totalement consacrés à l’œuvre à laquelle le Seigneur nous a appelés: le prêtre, saisi par le Christ, devient “l’homme pour les autres”, tout disponible au Royaume, sans cœur partagé, capable d’accueillir la paternité dans le Christ. Notre attachement à la personne de Christ doit donc se fortifier de toute manière, par la méditation de la Parole, par la prière en relation avec notre ministère, et d’abord par le Saint Sacrifice que nous célébrons chaque jour [cf Lettre du Jeudi Saint 1980, 10], et il doit prendre les moyens que l’Église a toujours conseillés à ses prêtres. Il nous faut sans cesse retrouver avec joie l’intuition du premier appel qui nous est venu de Dieu: “Viens, suis-moi”.

9. Chers amis, je vous invite à l’espérance. Je sais que vous portez “le poids du jour et de la chaleur”, avec beaucoup de mérites. On pourrait faire la liste des difficultés intérieures et extérieures, des sujets d’inquiétude, surtout en ce temps d’incroyance: nul mieux que l’Apôtre Paul n’aura parlé des tribulations du ministère apostolique [cf 2 Co, 4-5], mais aussi de ses espérances. C’est donc d’abord une question de foi. Ne croyons-nous pas que le Christ nous a sanctifiés et envoyés? Ne croyons-nous pas qu’il demeure avec nous, même si nous portons ce trésor dans des vases fragiles et avons nous-mêmes besoin de sa miséricorde dont nous sommes les ministres pour les autres?

Ne croyons-nous pas qu’il agit par nous, du moins si nous faisons son œuvre, et qu’il fera croître ce que nous avons laborieusement semé selon son Esprit? Et ne croyons-nous pas qu’il accordera aussi le don de la vocation sacerdotale à tous ceux qui devront travailler avec nous et prendre la relève, surtout si nous savons raviser nous-mêmes le don que nous avons reçu par l’imposition des mains? Que Dieu augmente notre foi! Élargissons aussi notre espérance à l’ensemble de l’Église: certains membres souffrent, d’autres sont à l’étroit de multiples façons, d’autres vivent un véritable printemps. Le Christ doit souvent nous redire: “Pourquoi craignez-vous, hommes de peu de foi?” [Mt 8, 26].

Le Christ n’abandonnera pas ceux qui se sont livrés à lui, ceux qui se livrent à lui chaque jour.

10. Cette cathédrale est dédiée à Notre-Dame. L’an prochain, j’irai devant la grotte de Massabielle à Lourdes, et je m’en réjouis. Votre pays comporte de multiples sanctuaires où vos fidèles aiment prier la Vierge bénie, leur Mère. Nous prêtres, nous devons être les premiers à l’invoquer comme notre Mère. Elle est la mère du sacerdoce que nous avons reçu du Christ. Je vous en prie, confiez-lui votre ministère, confiez-lui votre vie. Qu’elle vous accompagne, comme les premiers disciples, depuis la première rencontre joyeuse de Cana, qui vous fait penser à l’aube de votre sacerdoce, jusqu’au sacrifice de la croix, qui marque nécessairement nos vies, jusqu’à la Pentecôte dans l’attente toujours plus pénétrante de l’Esprit Saint dont elle est l’Épouse depuis l’Incarnation. Nous terminerons notre rencontre par un Ave Maria.

Avec regret, je dois vous quitter, pour aujourd’hui. Mais les prêtres sont toujours proches du mon cœur et de ma prière. Au nom du Seigneur, je vais vous bénir: bénir chacun d’entre vous, bénir les prêtres que vous représentez, bénir spécialement ceux qui connaissent l’épreuve, physique ou morale, la solitude ou la tentation, afin que Dieu donne à tous sa paix. Que le Christ soit votre joie! Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit! Amen!"

Salut du Pape St Jean Paul II au Maire de Paris
vendredi 30 mai 1980 - in French, Italian, Portuguese & Spanish

"Monsieur le Maire,
J’ai été très sensible aux paroles de bienvenue que vous venez de m’adresser, au nom du Peuple de Paris, de ses élus, et en votre nom personnel. Invité de la France pour quelques jours - et avec quelle joie! - c’est dans sa prestigieuse capitale que j’effectuerai l’essentiel de mon séjour. A plusieurs reprises déjà, j’ai eu le bonheur d’y venir au cours des années passées, la découvrant chaque fois plus grande, plus belle aussi grâce aux efforts accomplis pour la mettre en valeur. C’est vraiment l’une des capitales du monde.

Aujourd’hui, le Successeur de Pierre la retrouve non sans émotion. Et sur cette Place située á deux pas de la Cité, le berceau de la ville, en ces lieux qui furent les témoins de grandes heures et en même temps des principales vicissitudes de son histoire, en ces lieux si symboliques à tant d’égards, il vient saluer la population parisienne avec toute l’affection de son cœur et tout le respect mérité par les pages glorieuses qu’elle a inscrites dans le registre des temps.

Ville lumière, comme on l’appelle à juste titre, je lui souhaite de le demeurer et pour son pays et pour le monde. Elle le peut sans doute par le rayonnement de sa culture, et elle le fait. Elle le peut par la fidélité à son patrimoine historique et artistique. De bien des côtés on regarde vers elle avec autant d’admiration que d’envie; dans ma patrie d’origine aussi, on sait ce que l’on doit à Paris.

Mais le passé n’est pas tout. Il y a le présent, et le présent ce sont des questions très concrètes. Et il y a aussi l’avenir à préparer. Il y a ces multiples problèmes d’aménagement, d’organisation, qui sont le lot des grandes métropoles. Mais aucun de ces problèmes, même sous l’aspect technique, n’est dépourvu d’une composante humaine. Paris, c’est d’abord des hommes, des femmes, des personnes entraînées par le rythme rapide du travail dans les bureaux, les lieux de recherche, les magasins, les usines; une jeunesse en quête de formation et d’emploi; des pauvres aussi, qui vivent souvent leur détresse, ou même leur indigence, avec une dignité émouvante, et que nous ne pouvons jamais oublier; un va-et-vient incessant de population souvent déracinée; des visages anonymes où se lit la soif de bonheur, du mieux-être et, je le crois aussi, la soif du spirituel, la soif de Dieu.

Ma visite en France est une visite pastorale, vous le savez. Évêque de Rome, je suis affronté personnellement chaque jour, dans mon propre diocèse, à des situations similaires, même si le contexte peut différer en certains points. J’essaye ainsi de comprendre les préoccupations de ceux qui ont en charge, à différents titres, les problèmes d’une ville jumelée avec la mienne, et je pense y parvenir, du moins je l’espère.

Recevez, Monsieur le Maire, les souhaits fervents de votre hôte, pour la lourde tâche que les élus parisiens ont à assumer. Je demande au Seigneur de vous assister dans tous les efforts qui seront entrepris au service du bien commun, afin que le Peuple de Paris si cher à mon cœur trouve toujours davantage les conditions de son épanouissement, et fasse ainsi toujours davantage notre fierté."

Discours de JPII au representants des autres confessions chretiennes
Paris, samedi 31 mai 1980 - in French, Italian, Portuguese & Spanish

"Chers Frères dans le Christ,
Je vous remercie de cette rencontre que je désirais avoir avec vous durant ma première visite en France. Très cordialement je salue d’abord nos frères orthodoxes, venus principalement de différentes régions de l’Orient, pour vivre dans ce pays qui les accueillait, continuant ainsi une longue tradition dont saint Irénée fut l’un des premiers exemples. Je n’oublie pas non plus le représentant de l’Église anglicane. Et je me tourne maintenant vers les représentants du protestantisme français ici présents.

A ce moment de l’effort que nous faisons en commun pour restaurer entre tous le chrétiens l’unité voulue par le Christ, il faut en effet que nous prenions conscience des exigences que le fait d’être chrétien comporte pour nous aujourd’hui.

Tout d’abord, et dans la dynamique du mouvement vers l’unité, il faut purifier notre mémoire personnelle et communautaire du souvenir de tous les heurts, les injustices, les haines du passé.

Cette purification s’opère par le pardon réciproque, du fond du cœur, condition de l’épanouissement d’une vraie charité fraternelle, d’une charité qui n’entretient pas de rancune et qui excuse tout [cf 1 Co 13, 5 & 7] . Je le dis ici car je sais les cruels événements qui, dans le passé, ont marqué en ce pays les relations des catholiques avec les protestants.

Être chrétien aujourd’hui nous demande d’oublier ce passé pour être tout entiers disponibles à la tâche à laquelle le Seigneur nous appelle maintenant [cf Ph 3, 13] . Vous êtes affrontés à cette tâche et je me réjouis particulièrement de la qualité de la collaboration qui existe entre vous, notamment en ce qui concerne le service de l’homme, service compris dans toute sa dimension et qui requiert de manière urgente et dès maintenant un témoignage de tous les chrétiens sur la nécessité duquel j’ai déjà insisté dans l’encyclique Redemptor Hominis.

Mais, aujourd’hui plus que jamais peut-être, le premier service à rendre à l’homme est de témoigner de la vérité, de toute la vérité, “alithevondes en agapi”, “en confessant la vérité dans l’amour” [Ep 4, 15]. Nous ne devons avoir de cesse que nous ne soyons de nouveau capables de confesser ensemble toute la vérité, toute cette vérité dans laquelle l’Esprit nous guide [cf Jn 16, 13]. Je sais combien franche est aussi votre collaboration en ce domaine, et les échanges qui eurent lieu lors de l’assemblée du protestantisme français en 1975 sont un exemple de cette franchise. Il faut que nous parvenions à confesser ensemble toute la vérité pour pouvoir vraiment témoigner en commun de Jésus-Christ, le seul en qui et par qui l’homme peut être sauvé [cf Ac 4, 12].

J’ai voulu vous dire brièvement quelques-uns des sentiments qui m’animent en cet instant, mais je n’ai pas voulu m’étendre davantage pour éviter de diminuer le temps disponible pour les échanges plus personnels, et pour la prière qui conclura notre rencontre.

Mais avant de passer à cette prière, je veux vous remercier très vivement pour vos interventions, vos introductions; dans ces introductions, on peut le dire, je retrouve des interrogations, mais je retrouve aussi un fruit. Car cela, c'est déjà un fruit : vous avez bien souligné que c'est un fruit des échanges qui durent déjà depuis quelque temps. Evidemment les échanges vont créer des interrogations. Et c'est juste, on ne peut pas faire autrement, on ne peut pas avancer autrement.

Il faut bien considérer que nous avons maintenant à refaire des siècles, et refaire des siècles ne peut pas s'effectuer en quelques années, du moins d'après les critères humains. Mais le travail même, le fait qu'on se rencontre, le fait qu'on dialogue, qu'on se pose des questions, qu'on cherche à répondre, qu'on cherche à scruter sa propre vérité, c'est déjà un fruit, oui, c'est déjà un fruit, et on ne peut rien faire d'autre que continuer, continuer.

Je dois dire que je vis profondément l'anniversaire que vous vivez cette année, je veux dire le 450e anniversaire de la « confessio augustana », oui, profondément. Je le vis d'une manière pour moi incompréhensible parce que c'est quelqu'un qui le vit en moi. « Quelqu'un te conduira! » : je pense que ces paroles que le Seigneur disait à Pierre sont, peut-être, les plus importantes de toutes les paroles qu'il a entendues : « Quelqu'un te conduira! ».

Je dois aussi dire que ma visite fraternelle au Patriarche œcuménique de Constantinople m'a donné beaucoup d'espérance. Je me suis trouvé très bien dans cette atmosphère, dans ce milieu qui évidemment constitue une grande réalité spirituelle. Une réalité complémentaire : on ne peut pas respirer en chrétien, je dirai plus, en catholique, avec un seul poumon; il faut avoir deux poumons, c'est-à-dire oriental et occidental. Ceci pour évoquer seulement cette visite à Constantinople.

Je pense que dans cette grande question de l'unité à retrouver, il y a évidemment un moment historique, et si nous nous interrogeons, entre nous, c'est un autre qui nous interroge davantage encore, parce que évidemment nous nous trouvons devant une négation radicale de tout ce que nous sommes, de ce que nous croyons, de ce que nous prêchons, de ce que nous témoignons. On ne peut répondre autrement à cette interrogation foncière que par un témoignage : témoignage de la foi, témoignage de l'unité, témoignage dans le Christ. C'est le moment historique où nous nous trouvons, et ce moment est accompagné de nos efforts.

Je pense qu'ici, nous sommes — on peut dire — en règle, nous avons reconnu les signes des temps et nous cherchons à y répondre, en nous-mêmes, avec nos forces, nos forces humaines, nous cherchons tous à y répondre. Mais il y a, comme vous l'avez souligné aussi dans vos discours, un autre élément qui est beaucoup plus important que nos efforts, c'est le temps. Le temps, c'est-à-dire l'espérance. Nous espérons que le Seigneur nous donnera ce jour où nous nous retrouverons unis, et peut-être, ce jour-là, nous aurons — on peut être sûr que nous aurons — une autre vision des difficultés que nous envisageons aujourd'hui comme telles. Une vision des approches différentes de la même source, de la même vérité du même Jésus-Christ, du même Evangile.

Je suis convaincu que le Seigneur nous prépare cela, et c'est pour cela qu'il a inspiré l'esprit de nos prédécesseurs — je dis prédécesseurs au sens ménique — en particulier évidemment je parle de Jean XXIII qui se trouvait ici comme Nonce et qui continue à être présent à nos esprits.

Et c'est pour cela que nous devons prier toujours. Je pense, je suis convaincu que la fonction, la tâche fondamentale des communautés chrétiennes, des Eglises, la tâche fondamentale de tous les croyants reste toujours la prière. La prière... et c'est le Seigneur qui nous a enseigné à prier depuis longtemps, mais spécialement à prier pour cette unité parce que c'est lui-même qui a prié pour cette unité dans un moment qu'on peut dire le sommet de sa mission.

Et à cause de cela, en vous remerciant pour tout ce que vous disiez tout à l'heure, je suis reconnaissant au Seigneur et à vous-mêmes de pouvoir me trouver avec vous, et de pouvoir entendre de vous ces paroles que j'ai entendues, parce que je pense : qu'est-ce que cela veut dire, des « Frères »? Cela ne veut pas dire seulement des personnes qui se disent toujours : oui, oui, je t'aime, mais cela veut dire aussi des personnes qui se disputent parfois; mais si elle se disputent pour un bien commun, pour un bien supérieur, alors cela va.

Pour ne pas augmenter le retard, parce que je vois que les organisateurs nous pressent déjà, nous pourrions maintenant passer à la prière qui doit couronner évidemment notre rencontre. Avant de dire la prière du Seigneur, nous pourrions nous remettre ensemble devant le dessein salvifique de Dieu en méditant la magnifique confession de l'apôtre Paul dans l'hymne de sa lettre aux Ephésiens.

« Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ: il nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les cieux en Christ. Il nous a choisis en lui avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard dans l’amour.

« Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus-Christ; ainsi l’a voulu sa bienveillance à la louange de sa gloire et de la grâce dont il nous a comblés en son Bien-Aimé.

« En lui par son sang, nous sommes délivrés, en lui nos fautes sont pardonnées, selon la richesse de sa grâce. Dieu nous l’a prodiguée; nous ouvrant à toute sagesse et intelligence.

« Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le dessein bienveillant qu’il a d’avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement: réunir l’univers entier sous un seul chef, le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre.

« En lui aussi, nous avons reçu notre part, suivant le projet de celui qui mène tout au gré de sa volonté: nous avons été prédestinés pour être à la louange de sa gloire ceux qui ont d’avance espéré dans le Christ.

« En lui, encore, vous avez entendu la parole de vérité, l’Évangile qui vous sauve.

« En lui encore vous avez cru, et vous avez été marqués du sceau de l’Esprit promis, l’Esprit Saint, acompte de notre héritage jusqu’à la délivrance finale où nous en prendrons possession, à la louange de sa gloire »[6].

Notre Père qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite
sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui
notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi
à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous soumets pas à la tentation,
mais délivre-nous du Mal. Amen.

* * *

Avant la prière, le Pape a improvisé le discours ci-après qui reprend quelques-uns des sujets abordés dans les allocutions qui lui avaient été adressées :

Mais avant de passer à cette prière, je veux vous remercier très vivement pour vos interventions, vos introductions ; dans ces introductions, on peut le dire, je retrouve des interrogations, mais je retrouve aussi un fruit. Car cela, c’est déjà un fruit : vous avez bien souligné que c’est un fruit des échanges qui durent déjà depuis quelque temps. Évidemment les échanges vont créer des interrogations. Et c’est juste, on ne peut pas faire autrement, on ne peut pas avancer autrement. Il faut bien considérer que nous avons maintenant à refaire des siècles, et refaire des siècles ne peut pas s’effectuer en quelques années, du moins d’après les critères humains. Mais le travail même, le fait qu’on se rencontre, le fait qu’on dialogue, qu’on se pose des questions, qu’on cherche à répondre, qu’on cherche à scruter sa propre vérité, c’est déjà un fruit, oui, c’est déjà un fruit, et on ne peut rien faire d’autre que continuer, continuer.

Je dois dire que je vis profondément l’anniversaire que vous vivez cette année, je veux dire le 450e anniversaire de la « confessio augustana » oui, profondément. Je le vis d’une manière pour moi incompréhensible parce que c’est quelqu’un qui le vit en moi. « Quelqu’un te conduira »: je pense que ces paroles que le Seigneur disait à Pierre sont, peut-être, les plus importantes de toutes les paroles qu’il a entendues : « Quelqu’un te conduira. »

Je dois aussi dire que ma visite fraternelle au Patriarcat œcuménique de Constantinople m’a donné beaucoup d’espérance. Je me suis trouvé très bien dans cette atmosphère, dans ce milieu qui évidemment, constitue une grande réalité spirituelle. Une réalité complémentaire : on ne peut pas respirer en chrétien, je dirai plus, en catholique, avec un seul poumon ; il faut avoir deux poumons, c’est-à-dire oriental et occidental. Ceci pour évoquer seulement cette visite à Constantinople.

Je pense que dans cette grande question de l’unité à retrouver, il y a évidemment un moment historique, et si nous nous interrogeons, entre nous, c’est un autre qui nous interroge davantage encore, parce que, évidemment, nous nous trouvons devant une négation radicale de tout ce que nous sommes, de ce que nous croyons, de ce que nous prêchons, de ce que nous témoignons. On ne peut répondre autrement à cette interrogation foncière que par un témoignage : témoignage de la foi, témoignage de l’unité, témoignage dans le Christ. C’est le moment historique où nous nous trouvons, et ce moment est accompagné de nos efforts.

Je pense qu’ici, nous sommes — on peut dire — en règle, nous avons reconnu les signes des temps et nous cherchons à y répondre, en nous-mêmes, avec nos forces, nos forces humaines, nous cherchons tous à y répondre. Mais il y a, comme vous l’avez souligné aussi dans vos discours, un autre élément qui est beaucoup plus important que nos efforts, c’est le temps. Le temps, c’est-à-dire l’espérance. Nous espérons que le Seigneur nous donnera ce jour où nous nous retrouverons unis, et, peut-être, ce jour-là, nous aurons — on peut être sûr que nous aurons — une autre vision des difficultés que nous envisageons aujourd’hui comme telles. Une vision des approches différentes de la même source, de la même vérité, du même Jésus-Christ, du même Évangile. Je suis convaincu que le Seigneur nous prépare cela, et c’est pour cela qu’il a inspiré l’esprit de nos prédécesseurs — je dis prédécesseurs au sens œcuménique — en particulier, évidemment, je parle de Jean XXIII qui se trouvait ici comme nonce et qui continue à être présent à nos esprits.

Et c’est pour cela que nous devons prier toujours. Je pense, je suis convaincu que la fonction, la tâche fondamentale des communautés chrétiennes, des Églises, la tâche fondamentale de tous les croyants, reste toujours la prière. La prière… et c’est le Seigneur qui nous a enseigné à prier depuis longtemps, mais spécialement à prier pour cette unité parce que c’est lui-même qui a prié pour cette unité dans un moment qu’on peut dire le sommet de la mission. Et à cause de cela, en vous remerciant pour tout ce que vous disiez tout à l’heure, je suis reconnaissant au Seigneur et à vous-même de pouvoir me trouver avec vous, et de pouvoir entendre de vous ces paroles que j’ai entendues, parce que je pense : qu’est-ce que cela veut dire, des « Frères » ? Cela ne veut pas dire seulement des personnes qui se disent toujours : « oui, oui, je t’aime », mais cela veut dire aussi des personnes qui se disputent parfois ; mais si elles se disputent pour un bien commun, pour un bien supérieur, alors cela va.

Pour ne pas augmenter le retard, parce que je vois que les organisateurs nous pressent déjà, nous pourrions maintenant passer à la prière qui doit couronner, évidemment, notre rencontre. Avant de dire la prière du Seigneur, nous pourrions nous remettre ensemble devant le dessein salvifique de Dieu en méditant la magnifique confession de l’apôtre Paul dans l’hymne de sa lettre aux Éphésiens."