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Blessed Pope Paul VI's Apostolic Visit to Israel

4th - 5th January 1964

Blessed Pope Paul VI was a pilgrim to Israel on his pilgrimage to the Holy Land, his first apostolic journey on which he also visited Jordan and Palestine.

Blessed Pope Paul VI's greeting before his entry into Jerusalem
Damas Gate, Saturday 4th January 1964 - in French & Spanish

"Monsieur le Gouverneur, Monsieur le Maire, Habitants de Jérusalem,
Et vous tous qui êtes venus, de près ou de loin, Nous entourer ici en cet instant.

Recevez Notre salutation. Accueillez l’expression de Notre joie et de l’émotion qui emplit Notre cœur au moment de franchir le seuil de la Ville Sainte.

Aujourd’hui se réalise pour Nous ce qui a fait l’objet des désirs de tant d’hommes à l’époque des Patriarches et des Prophètes, de tant de pèlerins venus depuis vingt siècles visiter le tombeau du Christ. Aujourd’hui Nous pouvons Nous écrier avec l’auteur sacré : « Enfin Nos pieds foulent maintenant le seuil de tes portes, Jérusalem ! » (Ps 122, 2), et ajouter avec lui en toute vérité : « Voici le jour que Dieu a fait : jour de joie et d’ allégresse ! » (Ps 117, 24).

Du plus profond de Notre cœur, Nous remercions le Dieu Tout-Puissant de Nous avoir amené jusqu’en ce lieu et jusqu’à cette heure. Et Nous vous invitons tous à vous unir à Notre action de grâces.

Aux Autorités s’adresse d’abord Notre reconnaissance, pour l’accueil plein de ferveur qui Nous a été réservé ici.

Aux habitants de Jérusalem, Nous disons Notre estime pour leur esprit religieux, pour leurs nobles traditions de courtoisie et d’hospitalité à l’égard de tous les pèlerins des Lieux Saints. Nous les invitons à élever avec Nous leurs mains et leurs coeurs vers le Ciel pour en faire descendre sur leur sainte Cité l’abondance des bénédictions divines.

À Nos fils catholiques et à tous ceux qui s’honorent du nom de chrétiens, Nous disons : entrez avec Nous dans l’esprit de ce pèlerinage. Venez avec Nous mettre vos pas dans les traces de ceux du Christ, monter avec Lui au Calvaire, vénérer la tombe à jamais glorieuse d’où il est sorti plein de vie après avoir vaincu la mort et racheté le monde. Venez avec Nous lui offrir son Église aux lieux mêmes où il a versé son sang pour elle. Implorons ensemble la grâce tant désirée de l’union entre tous les disciples de l'Évangile.

Et à tous Nous disons : appelez avec Nous, de vos vœux et de vos prières, la concorde et la paix sur cette Terre, unique au monde, que Dieu a visitée. Demandons ici ensemble la grâce d’une vraie et profonde fraternité, entre tous les hommes, entre tous les peuples.

Jérusalem ! Au moment d’entrer dans tes murs, ce sont encore les accents enthousiastes de l’auteur inspiré qui reviennent sur Nos lèvres :

« Qu’ils soient heureux, ceux qui t'aiment ! - Oui, que la paix habite dans tes murs, - La prospérité dans tes palais . . . - Je demande pour toi la paix . . . - Je désire pour toi le bonheur ! » (Ps 122, 6-9).

Cette invocation, vieille de trois mille ans, il Nous est doux de la prononcer en ce lieu et en ce jour. Dieu veuille l’exaucer et faire descendre sur cette Ville Sainte et sur tous ceux qui y prieront avec Nous ses plus abondantes bénédictions."

Blessed Pope Paul VI's prayer in the Holy Sepulchre
Jerusalem, Saturday 4th January 1964 - in French & Spanish

"I - Exhortation

Frères et Fils,
C 'est maintenant qu’il faut que nos esprits se réveillent, que nos consciences s’éclairent et que sous le regard illuminateur du Christ toutes les forces de nos âmes se tendent.

Prenons maintenant conscience, dans une douleur sincère, de tous nos péchés, prenons conscience de ceux de nos pères, de ceux de l’histoire passée, prenons conscience de ceux de notre époque, de ceux du monde dans lequel nous vivons.

Et pour que notre douleur ne soit ni lâche, ni téméraire, mais humble, pour qu’elle ne soit pas désespérée, mais confiante, pour qu’elle ne soit pas passive, mais priante, qu’elle s’unisse à celle de Jésus-Christ notre Seigneur, patient jusqu’à la mort et obéissant jusqu’à la Croix, et en évoquant son émouvant souvenir, implorons sa miséricorde qui nous sauve.

V. Nous t’adorons, ô Christ, et nous te bénissons,
R. Parce que par ta sainte Croix tu as racheté le monde.       (x3 - trois fois)

II - Le Rappel    
(Mémorial de Sa Passion)

Là où Toi, ô Seigneur Jésus,
l’innocent,                                     Tu as été accusé,
le juste,                                        Tu as été jugé,
le saint,                                        Tu as été condamné,
Toi, Fils de l’homme                       Tu as été torturé, crucifié et mis à mort,
Toi, Fils de Dieu,                            Tu as été blasphémé, moqué, renié,
Toi, la lumière,                              Tu as connu les ténèbres,
Toi, le Roi                                      Tu as été élevé sur une Croix,
Toi, la Vie,                                     Tu as subi la mort,
Et Toi mort                                    Tu es ressuscité à la vie.

(dialogué)

V. Nous nous souvenons de Toi                     R. O Seigneur Jésus
V. Nous T’adorons,                                       R. O Seigneur Jésus
V. Nous T’invoquons,                                     R. O Seigneur Jésus


III - La méditation       
(comprendre ce que sa souffrance nous enseigne)

Réfléchissons maintenant.
Ici, ô Seigneur Jésus,
Ta Passion                             a été offrande (Is. 53, 7)
                                            prévue
                                            acceptée,
                                            voulue,
                                            a été sacrifice : Tu fus la Victime, Tu fus le Prêtre.
Ici Ta mort                            fut l'expression,
                                            fut la mesure du péché humain,
Fut l’holocauste                     du plus grand des héroïsmes
fut le prix                              offert à la justice divine,
fut la preuve                          du suprême amour,
Ici se combattirent                 la vie et la mort,
ici tu remportas la victoire,     ô Christ, mort pour nous et ressuscité pour nous.

(dialogué)

Dieu saint, Dieu fort, Dieu saint et immortel, aie pitié de nous !
Agios o Theós, Agios ischyrós, Agios athánatos, eléison imas !   (x3)


IV - La confession

Nous voici, ô Seigneur Jésus,
nous sommes venus
        comme les coupables retournent sur le lieu de leur faute,
nous sommes venus   
       comme celui qui T’a suivi, mais qui T’a aussi trahi ; fidèles, infidèles,
nous l’avons été tant de fois,
nous sommes venus 
       pour confesser le mystérieux rapport entre nos péchés et Ta Passion : notre œuvre, Ton œuvre,
nous sommes venus
       pour nous frapper la poitrine pour Te demander pardon, pour implorer Ta miséricorde,
nous sommes venus
     parce que nous savons que Tu peux, que Tu veux nous pardonner,
Parce que Tu as expié
pour nous,
     Tu es notre rédemption Tu es notre espérance.

(dialogué)

V. Agneau de Dieu, qui ôtes les péchés du monde,               
R. pardonne-nous, ô Seigneur ;
V. Agneau de Dieu, qui ôtes les péchés du monde,               
R. écoute notre voix, ô Seigneur ;
V. Agneau de Dieu, qui ôtes les péchés du monde,               
R. aie pitié de nos, ô Seigneur.

V - L’ imploration

Seigneur Jésus, notre Rédempteur,
ravive en nous le désir et la confiance en ton pardon, affermis notre volonté de conversion et de fidélité, fais-nous goûter la certitude et aussi la douceur de ta miséricorde.

Seigneur Jésus, notre Rédempteur et Maître,
Donne-nous la force de pardonner aux autres, pour que nous soyons vraiment nous aussi pardonnés par Toi.

Seigneur Jésus, notre Rédempteur et Pasteur,
mets en nous la capacité d’aimer, comme Tu veux que, à Ton exemple et avec Ta grâce, nous T’aimions, ainsi que tous ceux qui sont nos frè-res en Toi.

Seigneur Jésus, notre Rédempteur et notre Paix,
qui nous as fait connaître ton suprême désir: «que tous soient un», exauce ce désir que nous faisons nôtre et qui est devenu, ici, notre prière : « que tous nous soyons un ».

Seigneur Jésus, notre Rédempteur et notre Médiateur,
rends efficaces auprès du Père des cieux les prières que nous Lui adressons maintenant dans le Saint-Esprit.

Frères et fils, prions!   Oremus !                                                                              V. Flectamus genua
R. Levate.

Omnipotens sempiterne Deus, qui gloriam Tuam omnibus in Christo gentibus revelasti: custodi opera misericordiae Tuae ; ut Ecclesia Tua, toto orbe diffusa, stabili fide in confessione tui nominis perseveret. Per eundem Dominum nostrum Iesum Christum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus per omnia saecula saeculorum.  Amen.

V. Flectamus genua
R. Levate.

Omnipotens sempiterne Deus, maestorum consolatio, laborantium fortitudo ; perveniat ad Te preces de quacumque tribulatione clamantium; ut omnes sibi in necessitatibus suis misericordiam tuam gaudeant adfuisse. Per Dominum nostrum Iesum Christum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus per omnia saecula saeculorum. Amen.


V. Flectamus genua
R. Levate.

Omnipotens sempiterne Deus, qui non mortem peccatorum, sed vitam semper inquiris : suscipe propitius orationem nostram, et libera eos ab errorum cultura ; et aggrega eos Ecclesiae tuae sanctae, ad laudem et gloriam nominis Tui. Per Dominum nostrum Iesum Christum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus per omnia saecula saeculorum. Amen."

Papa Paul VI's address to the Catholic Communities of the Eastern Rite
Church of St Ana, Saturday 4th January 1964 - in French & Spanish

"Il y a près de trois quarts de siècle se tenait à Jérusalem un congrès eucharistique qui marqua une grande date pour les Églises d’Orient en communion avec le siège de Rome. Que la situation ait changé depuis cette époque, votre présence ici, vous tous vénérables frères des Églises d’Orient, le montre éloquemment.

Notre joie est grande de vous rencontrer. Nous sommes venu ici en pèlerin, vous le savez, pour suivre les pas du Christ en « la sainte et glorieuse Sion, la mère de toutes les Églises » pour reprendre une expression de l’antique liturgie hiérosolomytaine de saint Jacques. Le lieu de la vie, de la passion et de la résurrection du Seigneur est en effet celui où l’Église est née. Nul ne peut oublier que lorsque Dieu a voulu se choisir, comme homme, une patrie, une famille, une langue dans ce monde, c’est à l’Orient qu’il les a demandées. C’est à l’Orient qu’il a demandé ses Apôtres. « Ce fut d’abord en Palestine que les Apôtres établirent la foi en Jésus Christ et qu’ils installèrent des Églises. Puis ils partirent à travers le monde et annoncèrent à travers le monde la même doctrine et la même foi » (Tertullien). Chaque nation recevait le bon grain de leur prédication dans la mentalité et dans la culture qui étaient les siennes. Chaque Église locale croissait avec sa personnalité propre, ses coutumes propres, sa manière personnelle de célébrer les mêmes mystères, sans que cela nuisit à l’unité de la foi et à la communion de tous dans la charité et le respect de l’ordre établi par le Christ. C’est là l’origine de notre diversité dans l’unité, de notre catholicité, propriété qui fut toujours essentielle à l’Église du Christ et dont l’Esprit Saint nous donne de faire une expérience nouvelle à notre époque et dans le concile.

Si l’unité n’est catholique qu’en respectant pleinement la diversité légitime de chacun, la diversité n’est catholique à son tour que dans la mesure où elle respecte l’unité, où elle sert la charité, où elle Contribue à l’édification « du peuple saint de Dieu ». Dans Notre joie de vous rencontrer réunis ici, dans cette terre d’Orient qui est la vôtre, Nous ne pouvons pas ne pas sentir vivement, profondément l’exigence du témoignage de l’unité, le grand signe donné par le Christ pour la foi du monde : « Qu’ils soient un afin que le monde croie ».

Entre nous d’abord, catholiques, manifestons cette unité qui est notre, le plus possible, par une collaboration sans rivalités entièrement au service de l’Église et uniquement soucieuse du bien des fidèles. Manifestons le plus possible aussi l’unité qui, bien qu’incomplète et blessée, existe déjà avec nos autres frères chrétiens, vos frères de sang et de tradition. Comme Nous avons déjà eu l’occasion de le dire ailleurs, n’ont-ils pas, en effet, le même baptême, la même foi fondamentale, le même sacerdoce célébrant l’unique sacrifice de l’unique Seigneur de l'Église ? N’oublions pas enfin que notre prochain, celui que nous devons aimer comme nous-mêmes, n’est pas seulement notre frère chrétien.

Que le Seigneur nous donne à tous de vivre de la charité, de la faire régner en cette terre où l’Amour et la Bonté de Dieu se sont manifestés par la plus grande preuve d’Amour : livrer sa vie pour ceux qu’on aime."

Blessed Paul VI's address to Armenian Patriarch Yeheshe Derderian
The Apostolic Delegation of Jerusalem, Saturday 4th January 1964 - in English & Spanish

"I am particularly grateful for the kind welcome you have given me during my pilgrimage to this city, hallowed by the great mysteries of the redemption which Our Lord and Saviour Jesus Christ worked in it.

Our meeting has a particular significance because of the friendly ties which have developed between myself and the Armenian Church through the delegated observers who participated in the work of the Second Vatican Council. The spirit of true Christian charity and comprehension which they manifested made me all the more certain of the fraternal welcome I would receive here from you and from your faithful. My expectations have been more than amply fulfilled.

There is a spirit which more and more influences Christian hearts. It is the desire to carry out what the Apostle to the Nations counselled us: to forget what is past and push on to what lies ahead, with our eyes fixed upon Jesus, the Author and Finisher of our faith. This spirit has already been manifested in a concrete way in this Holy City, in the efforts being made by all Christians to work in common accord for the reverent care and fitting veneration of that hallowed place where Our Lord, triumphant on the Cross and victorious over the grave, effected the great mission of reconciliation which He had received from His Father. I salute these expressions of Christian charity which already exist, and I express the earnest desire that they may multiply and expand into every area of our common Christian endeavour.

I have come as a prayerful pilgrim to this Holy City. In the prayers which I offer to God, our Father, and to our Saviour Jesus Christ, His Divine Son, I remember you and the flock of which you are the pastor. May divine graces and favours descend in abundance upon all of you."

Blessed Paul VI's address to Benediktos, the Ecumenical Patriarch of Jerusalem
The Apostolic Delegation of Jerusalem, Saturday 4th January 1964 - in French & Spanish

"Béatitude,
Nous sommes heureux de pouvoir, à l’occasion de Notre pèlerinage en Terre Sainte, rencontrer Votre Béatitude, et Nous avons conscience de la signification profonde que revêt cette rencontre à Jérusalem.

Nous tenons d’abord à vous remercier de l’accueil qui Nous a été réservé par votre clergé et vos fidèles. Nous avons été très sensible aux gestes de charité et de prévenance dont Nous avons été l’objet. Nous avons aussi appris avec joie qu’une atmosphère de franche collaboration régnait maintenant entre Votre communauté, la communauté catholique et la communauté arménienne pour les travaux de restauration de l’église du Saint-Sépulcre. Ce sanctuaire est le plus précieux qui soit au monde pour des cœurs chrétiens. C’est en effet le lieu même où Dieu a « voulu se réconcilier tous les êtres par le Christ en faisant la paix par le sang de Sa croix » (Col 1, 20), où le Christ ressuscitant glorieux est devenu le principe de notre vie, le gage de notre résurrection, le seul chef dans lequel tout doit être récapitulé (cf Eph 1, 10). Il est hautement symbolique que, malgré le poids de l’histoire et des difficultés nombreuses, les chrétiens, malheureusement séparés, travaillent ensemble à restaurer ce temple qu’ils avaient construit dans l’unité et que leurs divisions laissaient se délabrer.

C’est Notre vœu le plus cher que la charité règne de plus en plus entre tous, une charité vraie, une charité sans feinte, celle qui était le signe auquel, dans l’ancienne Église, on reconnaissait les disciples du Christ : « Voyez comme ils s’aiment ! ».

Nous savons quel est le rôle personnel de Votre Béatitude dans ce changement de climat, Nous connaissons les efforts qui sont faits de part et d’autre pour éliminer les points de friction, Nous en disons Notre joie profonde, et Nous en exprimons toute Notre gratitude. Que le Dieu de paix fasse descendre abondamment Sa grâce sur Votre Béatitude, sur Son clergé et sur tous les enfants de la Sainte Cité."

Papa Paolo VI's words on his visit to the Basilica of the Annunciation
Nazareth, Sunday 5th January 1964 - in French & Spanish

"À Nazareth, Notre première pensée ira à la Très Sainte Vierge: – pour lui présenter l’hommage de Notre dévotion filiale, – pour nourrir cette dévotion des motifs qui doivent la rendre vraie, profonde, unique, conformément au dessein de Dieu : elle est la créature pleine de grâce, l’immaculée, la toujours vierge, la Mère du Christ, et par le fait la Mère de Dieu et notre Mère, la femme montée au ciel, la Reine bienheureuse, le modèle de l’Église et notre espérance.

Nous lui offrons immédiatement Notre humble et filiale volonté de l’honorer et de la célébrer toujours par un culte spécial qui reconnaisse les merveilles de Dieu en elle, avec une dévotion particulière qui manifeste Nos sentiments les plus pieux, les plus purs, les plus humains, les plus personnels, et les plus confiants, et qui fasse briller bien haut, sur le monde, l’exemple encourageant de la perfection humaine.

Et Nous lui présenterons tout de suite les demandes qui nous tiennent le plus à cœur, car Nous voulons rendre hommage à sa bonté et à sa puissance d’amour et d’intercession :

- la prière de maintenir dans notre cœur une sincère dévotion à son égard ;

- la prière de nous faire comprendre, désirer, posséder paisiblement la pureté de l’âme et du corps, dans les pensées et les paroles, dans les arts et dans l’amour ; cette pureté que le monde d’aujourd’hui s’acharne à battre en brèche et à profaner ; cette pureté, à laquelle le Christ a rattaché une de ses promesses, une de ses béatitudes : celle du regard lumineux dans la vision de Dieu ;

- la prière par conséquent d’être admis par elle, Notre-Dame, la maîtresse de maison, et par son époux, le doux et fort saint Joseph, dans l’intimité du Christ, son humain et divin Fils, Jésus.

Nazareth est l’école où l’on commence à comprendre la vie de Jésus: l’école de l’Évangile. Ici on apprend à regarder, à écouter, à méditer et à pénétrer la signification, si profonde et si mystérieuse, de cette très simple, très humble et très belle manifestation du Fils de Dieu. Peut-être apprend on même insensiblement à imiter. Ici on apprend la méthode qui Nous permettra de comprendre qui est le Christ. Ici on découvre le besoin d’observer le cadre de son séjour parmi nous : les lieux, les temps, les coutumes, le langage, les pratiques religieuses, tout ce dont s’est servi Jésus pour se révéler au monde.

Ici tout parle, tout a un sens. Tout revêt une double signification: une signification extérieure d’abord, celle que les sens et les facultés de perception immédiate peuvent tirer de la scène évangélique, celle des gens qui regardent l’extérieur, qui se contentent d’étudier et de critiquer le vêtement philologique et historique des livres saints, ce que le langage biblique appelle « la lettre ».

Cette étude est importante et nécessaire, mais qui s’y arrête, demeure dans l’obscurité ; elle peut même susciter l’illusion orgueilleuse du savoir chez ceux qui observent les aspects extérieurs de l’Évangile sans avoir le regard limpide, le cœur humble, l’intention droite et l’âme en prière.

L’Évangile ne livre sa signification intérieure, c’est-à-dire, la révélation de la vérité, de la réalité qu’il manifeste et à la fois soustrait aux regards, qu’à celui qui se met en accord avec la lumière, accord venant de la rectitude de l’esprit, c’est-à-dire de la pensée et du cœur, - condition subjective et humaine que chacun devrait se procurer à lui-même, - mais accord venant en même temps de l’impondérable, libre et gratuite illumination de la grâce. Celle-ci, en raison du mystère de miséricorde qui régit le destin de l’humanité, ne fait jamais défaut; du moins en certaines heures et sous certaines formes, elle ne fait jamais défaut aux hommes de bonne volonté. C’est là « l’esprit ».

Ici, à cette école, on comprend la nécessité d’avoir une discipline spirituelle, si l’on veut suivre l’enseignement de l’Évangile et devenir disciples du Christ. Oh ! comme Nous voudrions redevenir enfant et Nous remettre à cette humble et sublime école de Nazareth ! Comme Nous voudrions près de Marie, recommencer à acquérir la vraie science de la vie et la sagesse supérieure des vérités divines.

Mais Nous ne faisons que passer. Il Nous faut laisser ce désir de poursuivre ici l’éducation jamais achevée à l’intelligence de l’Évangile. Nous ne partirons pas cependant sans avoir recueilli à la hâte, et comme à la dérobée, quelques brèves leçons de Nazareth.

Une leçon de silence d’abord. Que renaisse en nous l’estime du silence, cette admirable et indispensable condition de l’esprit; en nous qui sommes assaillis par tant de clameurs, de tracas et de cris dans notre vie moderne bruyante et hypersensibilisée. Ô silence de Nazareth, enseigne-nous le recueillement, l’intériorité, la disposition à écouter les bonnes inspirations et les paroles des vrais maîtres ; enseigne-nous le besoin et la valeur des préparations, de l’étude, de la méditation, de la vie personnelle et intérieure, de la prière que Dieu seul voit dans le secret.

Une leçon de vie familiale. Que Nazareth nous enseigne ce qu’est la famille, sa communion d’amour, son austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable ; apprenons de Nazareth comment la formation qu’on y reçoit est douce et irremplaçable ; apprenons quel est son rôle primordial sur le plan social.

Une leçon de travail. Nazareth, ô maison du « fils du charpentier », c’est ici que Nous voudrions comprendre et célébrer la loi sévère et rédemptrice du labeur humain ; ici rétablir la conscience de la noblesse du travail ; ici rappeler que le travail ne peut pas être une fin à lui-même, mais que sa liberté et sa noblesse lui viennent, en plus de sa valeur économique, des valeurs qui le finalisent ; comme Nous voudrions enfin saluer ici tous les travailleurs du monde entier et leur montrer leur grand modèle, leur frère divin, le prophète de toutes leurs justes causes, le Christ notre Seigneur.

Voici que Notre pensée s’est éloignée de Nazareth et qu’elle se porte sur ces monts de Galilée, qui ont fourni cadre et décor naturels à la voix du maître notre Seigneur. Le temps manque, manquent aussi les forces suffisantes pour proclamer, en ce moment, le Message divin destiné à tout l’univers.

Mais Nous ne pouvons Nous empêcher de regarder près d’ici la montagne des béatitudes, qui constituent le synthèse et le sommet de la prédication évangélique, ni non plus de tendre l’oreille aux échos que ce discours, dans l’atmosphère mystérieuse de ces lieux, semble faire parvenir jusqu’à Nous.

C’est la voix du Christ qui promulgue le Nouveau Testament, la loi nouvelle qui intègre et dépasse l’ancienne, et porte au sommet de la perfection la conduite de l’homme. Le grand motif de l’activité humaine, c’est l’obligation, qui fait appel à sa liberté : dans l’Ancien Testament c’était la crainte ; dans la pratique de tous les temps et dans la nôtre, c’est l’instinct, c’est l’intérêt ; pour le Christ, que le Père a donné au monde par amour, c’est l’amour. Lui-même nous apprit à obéir par amour : ce fut sa libération.

Car, comme nous l’enseigne saint Augustin : « Dieu donna des commandements moins parfaits au peuple qu’il fallait tenir encore sous la crainte; et des commandements plus parfaits par son fils au peuple qu’il avait décidé de libérer désormais par l’amour » (P.L. 34, 1231).

Dans son Évangile, le Christ a apporté au monde le but suprême et la force suprême de l’action, et par là même de la liberté et du progrès : l’amour. Aucun but ne peut le dépasser. Aucun lui être supérieur, aucun le remplacer. Son Évangile constitue le code de la vie. C’est dans la parole du Christ que la personne humaine atteint son niveau le plus élevé ; et la société humaine y trouve sa plus authentique et sa plus forte cohésion. Nous croyons, Seigneur, à ta parole. Nous chercherons à la suivre et à la vivre.

Maintenant nous en écoutons l’écho qui vient se répercuter dans nos esprits d’hommes du XXe siècle. Voici les enseignements que cette parole semble nous donner.

Bienheureux serons-nous, si pauvres en esprit nous savons nous libérer de la trompeuse confiance dans les richesses matérielles et placer nos désirs d’abord dans les biens spirituels et religieux, et si nous avons du respect et de l’amour pour les pauvres, comme pour des frères et des images vivantes du Christ.

Bienheureux serons-nous, si formés à la douceur des forts nous savons renoncer à la funeste puissance de la haine et de la vengeance et avons la sagesse de préférer à la crainte qu’inspirent les armes la générosité du pardon, l’alliance dans la liberté et le travail, la conquête par la bonté et par la paix.

Bienheureux serons-nous, si nous ne faisons pas de l’égoïsme le principe directeur de la vie, et du plaisir son but, mais si au contraire nous savons découvrir dans la tempérance une source d’énergie, dans la douleur un instrument de rédemption, dans le sacrifice le sommet de la grandeur.

Bienheureux serons-nous, si nous aimons mieux être opprimés qu’oppresseurs, et si nous avons toujours faim d’une justice en progrès. Bienheureux serons-nous, si pour le Règne de Dieu nous savons, dans le temps et au delà, pardonner et lutter, agir et servir, souffrir et aimer.

Nous ne serons pas déçus pour l’éternité.

Tels sont les accents que sa voix Nous semble prendre de nos jours : Alors, elle était plus forte, plus douce et plus redoutable : elle était divine.

Mais nous, en cherchant à recueillir quelques échos de la parole du maître, il nous semble devenir ses disciples et posséder, non sans raison, une nouvelle sagesse et un nouveau courage."